Les équipes cliniques ne savent pas toujours ce que deviennent les personnes qu’elles ont soignées ou accompagnées lors d’un séjour à l’hôpital. Au fil des gardes, des changements d’unité, des journées qui passent, les patients et leurs proches rencontrent de nouveaux visages ou obtiennent leur congé d’hôpital, souvent avec un sentiment d’apaisement. Les souvenirs et les liens, quant à eux, ne s’estompent jamais.
Il arrive que ces personnes se recroisent après que quelque temps se soit écoulé. Il s’agit alors d’un instant rempli d’émotion : c’est l’occasion d’exprimer toute sa reconnaissance. Ou encore d’apprendre avec joie et fierté qu’un patient s’est rétabli ou qu’une famille est heureuse des soins que l’on a prodigués à leur proche.
Un jour de décembre, Mme Gisèle Lanouette s’est rendue à l’Hôpital du Sacré-Cœur, accompagnée de son mari, M. Sylvio Fortin. En quittant, ils croisent un visage que M. Fortin reconnaît immédiatement : c’est Dr Marc Bélliveau, l’un des médecins qui ont si bien pris soin de Mme Lanouette quelques semaines plus tôt.
En voyant Mme Lanouette debout et en rémission, Dr Bélliveau est profondément ému. Il prend conscience de cette réussite exceptionnelle : cette femme, dont il était incapable de prédire si elle se rétablirait, est en pleine guérison. Elle marche, elle parle, elle reprend peu à peu le cours de sa vie auprès des siens.
Cette rencontre a aussi marqué M. Fortin. Elle lui a montré que le rétablissement de sa femme, celle avec qui il partage sa vie depuis 42 ans, compte non seulement pour lui et sa famille, mais également pour les équipes qui ont pris soin d’elle avec tant d’attention et de compétence après l’accident qui a bouleversé leur vie.
Un accident aux conséquences déchirantes
C’était le 1er août 2025, en après-midi. Mme Lanouette était à l’épicerie lorsqu’elle s’est cogné la tête après être tombée au sol. Un peu sonnée, elle assure aux gentilles personnes qui l’ont aidée à se relever qu’elle va bien. Un peu plus tard, une fois revenue chez elle, elle est frappée par un intense mal de tête. Sachant que quelque chose ne va pas, elle appelle tout de suite le 911.
M. Fortin reçoit l’appel du préposé de l’Hôpital de Saint-Jérôme dans sa voiture alors qu’il se dirigeait vers sa maison à Mirabel. Son interlocuteur lui annonce que sa femme a eu un malaise. Ni une ni deux, il fait demi-tour, direction Saint-Jérôme. Il y trouve la femme qu’il aime, souriante, blagueuse, pleinement consciente. Sur sa civière à l’urgence, elle lui raconte son accident, banal selon elle.
Après avoir découvert un petit saignement au niveau de la tête, les urgentologues ordonnent le transfert de Mme Lanouette à l’Hôpital du Sacré-Cœur-de-Montréal. C’est la procédure dans un cas pareil.
À Sacré-Cœur, les médecins ne s’inquiètent pas outre mesure, mais décident de la garder en observation jusqu’au lendemain. C’est pendant la nuit que tout a chaviré. Le saignement a grossi. C’est Dr Marc F. Giroux qui est venu opérer Mme Lanouette à 3 h pour la sauver. Au matin, M. Fortin ne retrouve pas sa femme sur une civière à l’urgence, là où il l’avait vue pour la dernière fois la veille. Il la retrouve intubée et branchée à des machines aux soins intensifs.

Dr Giroux, le chirurgien qui a pratiqué l'opération ayant sauvé la vie de Mme Lanouette, pose aux côtés de celle-ci quelques semaines après l'intervention.
Mme Lanouette est restée dans le coma pendant une semaine. Pour M. Fortin et son fils Gabriel, qui venaient à son chevet tous les jours, c’était une semaine d’inquiétude, de nervosité, de prières, de croisements de doigts, espérant plus que tout que leur femme, leur mère se réveille.
Lorsqu’elle ouvre les yeux pour de bon, c’est un soulagement considérable. Au moment de son réveil, c’est le chemin long et sinueux de l’extubation, de la guérison et de la réadaptation qui s’amorce.
Un personnel attentionné et bienveillant
Pendant que Mme Lanouette était dans le coma, la présence du personnel a été une véritable source de réconfort pour son mari et son fils, surtout lorsqu’elle a eu des complications comme des convulsions. « Ce qui m’a le plus marqué dans cet hôpital, ce sont les soignants qui sont très humains, qui prennent le temps avec les gens. Les étudiantes venaient souvent me voir pour m’encourager. Même à la cafétéria, les employés ont commencé à me reconnaître, à me demander comment allait ma femme. Je garde somme toute un bon souvenir de l’Hôpital », raconte M. Fortin.
Malgré le rythme effréné de leur métier, l’équipe soignante avait à cœur de tisser des liens avec Mme Lanouette lorsqu’elle a repris conscience. M. Fortin se souvient de Jasmine, l’infirmière en chef, qui était très sollicitée et qui pourtant prenait le temps d’aller voir sa femme. Elles ont développé une belle complicité, nourrie par des moments inoubliables de taquinerie et de tendresse.

Mme Lanouette en compagnie de Jasmine.
Aujourd’hui, Mme Lanouette va beaucoup mieux grâce aux bons soins qu’elle a reçus à Sacré-Cœur pendant environ 2 mois et demi. Elle a retrouvé une bonne autonomie, mais elle demeure avec une fragilité physique et quelques séquelles cognitives.
Un moment spécial de fête, de reconnaissance et de générosité
Pour M. Fortin, il est important de poser des gestes concrets pour avancer et pour améliorer les conditions dans lesquelles on vit. L’épreuve que sa famille a vécue est devenue le déclencheur d’une implication active : « Les gens de l’Hôpital m’ont tellement donné, c’est normal que je fasse quelque chose », confie M. Fortin.
Ce dernier a donc organisé un souper au restaurant pour célébrer le 70e anniversaire de sa femme ainsi que sa rémission. Le 1er mai dernier, il a invité une soixantaine de personnes triées sur le volet, qui étaient venues soutenir et encourager sa famille pendant qu’elle était à l’Hôpital. À cette occasion, M. Fortin a offert le repas à ses convives et il les a encouragés à faire un don à la Fondation de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal.
La générosité de son entourage a dépassé ses plus grandes espérances. Il désirait recueillir 3000 $ à 4000 $. Ce sont finalement 5000 $ qui ont été récoltés lors de l’événement.

« Imaginez si ce genre de collecte de fonds se multiplie, tout ce qu’on peut faire collectivement. On a une grande force entre les mains, et il faut l’utiliser. Je veux en faire d’autres », souligne M. Fortin.

