À l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, certains noms traversent les décennies comme des piliers silencieux. Pourtant, derrière les murs et les avancées cliniques qui font aujourd’hui la réputation de l’établissement, il y a eu des femmes et des hommes qui ont porté cet hôpital à bout de bras.
Parmi eux, le Dr Henri Atlas occupe une place à part. Visionnaire discret et chirurgien d’une habileté rare, il a bâti la traumatologie moderne et a révolutionné l’approche de la chirurgie à Sacré-Cœur. Il est malheureusement décédé en octobre 2025.
Son histoire nous est aujourd’hui racontée par Dr Denis, qui a partagé une longue amitié de 58 années avec son mentor.
Un mentor qui change une vie
Dr Ronald Denis, actuellement chef du programme de traumatologie tertiaire, avait 19 ans lorsque son chemin a croisé celui du réputé chirurgien. « À cet âge-là, dit-il, je pensais que la vie se résumait à trois choses : la chirurgie, le golf et les femmes. » Il rit aujourd’hui en racontant qu’à cette époque, le Dr Atlas était populaire auprès de la gente féminine. Mais au-delà du charisme, il y avait le talent chirurgical, la précision, la maîtrise.
« Il m’a donné envie de devenir chirurgien comme lui. », a confié Dr Denis lors d’une entrevue pour lui rendre hommage. Le mythe entourant le Dr Atlas – le chirurgien élégant, un brin intimidant – contrastait avec l’homme réel. « Les gens pensaient qu’il était prétentieux. En vérité, c’était le gars le plus timide que tu peux trouver », raconte le Dr Denis.
Il n’était pas un grand rassembleur. Pas le type à parler fort en réunion. Mais il était fidèle, présent, indéfectiblement loyal envers ceux qu’il aimait. Eux, il les soutenait sans hésiter, avec vigueur et fermeté. Pour les autres? Il restait silencieux – un silence éloquent, parfois redouté.
Le jour où il a inventé la traumatologie moderne
Nous sommes en 1976. L’Hôpital du Sacré-Cœur va mal : l’affiliation universitaire est menacée, les patients sont dispersés dans l’hôpital, il n’existe aucune structure pour les cas de traumatologie. Dr Atlas savait cependant que l’emplacement de l’Hôpital au centre de quatre autoroutes en faisait un lieu de prédilection pour intervenir rapidement auprès des accidentés de la route. Le chirurgien a un regard sur la situation que personne n’a encore : miser sur la traumatologie.
Il crée donc la première unité de traumatologie structurée, bien avant que les standards modernes n’existent. Pour lui, le trauma exige une équipe, soudée, interdisciplinaire, rapide et organisée. Les actions de Dr Atlas vont définir l’histoire de Sacré-Cœur pour les 50 années suivantes.
Un bâtisseur acharné, un visionnaire incompris… puis reconnu
Tout au long de sa carrière, il voit plus loin que ses contemporains. Il défendait l’idée d’un hôpital séparé en deux secteurs – urgent/trauma et électif – une vision encore discutée aujourd’hui. L’introduction précoce de la laparoscopie à Sacré-Cœur, malgré les résistances internes, et le développement de la chirurgie bariatrique, avant même que la discipline ne prenne de l’ampleur au Québec, sont des avancées que l’on doit notamment au Dr Atlas. Ce dernier a aussi influencé de façon considérable mais discrète le secteur de la robotique, notamment grâce à son réseau et à sa conviction que la technologie transformerait la pratique.
Ce n’était pas un homme des discours. Pourtant, à l’occasion des 25 ans du programme de traumatologie, il demande la parole – un geste rarissime – pour témoigner publiquement de son admiration envers le Dr Denis : « Il disait que j’étais résilient, fidèle, que rien ne pouvait m’arrêter quand je savais que j’avais raison. C’est la première fois que j’ai compris ce qu’il pensait réellement de moi. »
« Moi, je parlais. Lui, il pensait. On était complémentaires. »
Lorsque le Dr Denis résume ce que le Dr Atlas a laissé, il dit quatre mots : « À peu près tout. »
Sa vision se retrouve aujourd’hui dans :
- L’organisation moderne du programme de trauma ;
- La culture d’équipe en chirurgie ;
- La robotique chirurgicale ;
- La chirurgie bariatrique minimalement invasive ;
- La formation de dizaines de spécialistes, dont plusieurs venus de l’étranger.
Cet homme aura fait de Sacré-Cœur un chef de file québécois, canadien et international de la traumatologie.
L’Hôpital du Sacré-Cœur accueille plus de 3000 cas complexe de traumatologie chaque année. Le Centre intégré de traumatologie (CIT) situé juste au-dessus de l’urgence, dessert aujourd’hui Montréal, Laval, les Laurentides, Lanaudière et l’ouest du Québec, et constitue une référence suprarégionale pour les cas graves, dont les traumatismes médullaires pour lequel il est une référence pour tout l’ouest du Québec.
Il s’agit d’un centre de traumatologie qui tient le haut du pavé au Québec et au Canada, seul centre adulte affilié à l’Université de Montréal. C’est un pivot pour plus de 2 millions de personnes.

